Pour répondre aux nombreuses questions de nos lecteurs, justifiées par certains propos peu clairs ou tendancieux diffusés dans divers articles et émissions radiotélévisées, nous vous proposons une FAQ (foire aux questions) destinée à faire un point aussi objectif que possible. Ces questions-réponses portent sur l’essentiel de ce qui est utile pour votre information afin de savoir exactement ce qu’est réellement l’ostéopathie, ce qu’elle n’est pas, les tromperies qui entourent cette discipline merveilleuse et d’une grande innocuité lorsqu’elle est exercée par des mains compétentes et rigoureusement formées. Enfin, nous listerons les problèmes de santé qu’elle permet le mieux de résoudre, seule ou complémentairement à la médecine classique. Nous avons questionné deux ostéopathes dont le parcours exemplaire en faveur de la reconnaissance de l’ostéopathie les autorise à porter un regard critique mais néanmoins serein sur le paysage ostéopahique dont ils ont, depuis plus de trente ans, été à la fois témoins et acteurs, Fernand-Paul Berthenet DO et Guy Roulier DO, membres fondateurs de la Chambre nationale des ostéopathes.
P.A.
: L’ostéopathie est revenue en force
à la une des médias, fin décembre. Suite à la publication
de l’instruction ministérielle du 26 décembre 2005 confirmant
l’exonération de TVA pour les soins d’ostéopathie
dispensés par les professions de santé médicale et paramédicale,
les médias ont diffusé des informations parfois peu claires et
même contradictoires. Qu’en est-il exactement ?
Guy Roulier : Cette instruction ne fait que reconnaître le droit
des malades à bénéficier de l’exonération
de TVA sur les soins. Rien de plus. Il n’y a pas là de quoi surprendre
quand on sait que je me suis battu depuis 1983 (plus de vingt ans !) contre
le paiement de cette taxe que l’administration prétendait nous
imposer sur nos soins, et que j’ai gagné. Cette prétention
était en violation totale de la sixième directive européenne
de 1977 qui définit le principe selon lequel « la maladie ne doit
pas être taxée » et donc les soins dispensés par les
professions de santé sont de droit exonérés de TVA !
P.A. : Cette question étant désormais réglée,
qu’est-ce que cela change pour nous patients ? Il faut savoir que cette
taxation était de 19,6 % Ce n’est pas rien ! Il s’agissait-là
d’une surtaxe sur la liberté de choix des soins !
Guy
Roulier : En effet, il s’agissait d’une taxe réellement
discriminatoire, transformant le praticien en collecteur d’une taxe illicite
(contraire au principe de non-discrimination). Depuis cette instruction, rien
ne change pour les patients des ostéopathes qui refusaient de payer la
TVA et qui ne la répercutaient pas sur leurs honoraires. Ils avaient
raison et se trouvent légitimés. Pour ceux qui l’ajoutaient
à leurs honoraires, ils devraient, en toute logique, réajuster
leurs tarifs à la baisse. Certains, contraints et forcés, la payaient,
d’autres, enfin, ne l’ont jamais répercutée sur leurs
honoraires, mais la payaient, l’acceptant comme une taxe sur leur liberté
d’exercer l’ostéopathie !
P.A. : Cette exonération de TVA sur les soins d’ostéopathie
sera-t-elle appliquée à tous les professionnels et quand ?
Guy Roulier : l’exonération de TVA concerne, selon
la loi « les soins dispensés par les professions médicales
et paramédicales ». Donc, il ne s’agit à priori que
des professionnels de santé figurant dans le Code de la santé
et qui, en plus de leur qualification classique, ont effectué des études
qualifiantes en ostéopathie (1200 à 1500 heures supplémentaires).
La Chambre nationale des ostéopathes se soucie aussi des ostéopathes
dits de « formation initiale à temps plein ». Ils doivent
pouvoir, eux aussi, en toute logique, en tant que profession de santé
réglementée, faire bénéficier leurs patients de
cette exonération dès lors qu’ils seront reconnus par leur
inscription sur les listes préfectorales spécialement établies
pour les ostéopathes répondant aux critères fixés
par le décret. Nous serons bientôt fixés à ce sujet.
P.A. : Ce problème étant provisoirement réglé,
entrons dans le vif de la polémique qui a déclenché de
nombreuses réactions. Je veux parler de la publication par l’Académie
de médecine d’un rapport sur l’ostéopathie très
controversé. Quel est votre point de vue sur ce rapport ?
Fernand-Paul Berthenet : Ce rapport ne nous apprend rien. Comme les
précédents, il contient des inexactitudes. Il s’agit d’un
amalgame volontairement entretenu entre la vertébrothérapie et
l'ostéopathie. Il semble évident que les auteurs méconnaissent
l'ostéopathie et veulent à tout prix la dévaloriser par
des critiques infondées.
Par ailleurs, je suis aussi choqué par la manière dont ce sujet
a été traité par certains médias. Il est absolument
nécessaire de rétablir la vérité.
P.A. : C’est ce que je vous propose. Il m’a semblé
qu’un amalgame était fait entre ostéopathie et manipulations
vertébrales. Il semble qu’il s’agisse-là d’un
point particulièrement fondamental puisque ce sont précisément
ces manipulations forcées qui risquent d’entraîner des conséquences
néfastes parfois graves. Ces techniques dangereuses sont-elles pratiquées
par les ostéopathes non-médecins ? Sont-elles si dangereuses que
cela ?
Guy Roulier : Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il
a la rage ! Cette désinformation, je l’entends depuis plus de vingt
ans dans la bouche des détracteurs de l’ostéopathie et surtout,
et c’est beaucoup plus grave, chez ceux qui tentent de s’accaparer
le terme « ostéopathe ». Celui-ci appartient à ceux
qui, dans leur pratique, en ont la philosophie et la compétence.
Fernand-Paul Berthenet : Les ostéopathes ne pratiquent
en aucun cas des manipulations vertébrales forcées. Elles sont
exclusivement utilisées par les vertébrothérapeutes qui
les ont définies de la manière suivante : « La manipulation
est une manœuvre forcée qui va au-delà des limites physiologiques
de l'articulation »
On peut expliquer cette définition par l'analogie suivante :
Prenons une porte dans un angle d'une pièce, son ouverture est de 90°.
Le vertébrothérapeute augmente dans les deux sens cette ouverture
en la forçant. Pour les techniques ostéopathiques, il suffit de
redonner à la porte ou à l'articulation sa fonction normale, soit
90° pour la porte, et pour l'articulation son amplitude physiologique. Ceci
par une manœuvre spécifique, légère, douce, en associant
plus ou moins de vitesse, sans brutalité puisque nous restons dans les
limites physiologiques des articulations.
Il suffit de redonner à l'articulation son mouvement normal. Cette pratique
s'appelle en anglais : « an osteopathic adjustment » soit en français
: un ajustement ostéopathique.
Ainsi, le terme « manipulation » n'existe pas dans la terminologie
traditionnelle du fondateur de l'ostéopathie, le Dr Andrew Taylor Still,
référence absolue dans les écoles d'ostéopathie
américaines et britanniques.
P.A. : Quels sont les risques pour le patient dans les deux cas
?
Fernand-Paul Berthenet : Les ajustements ostéopathiques
n'ont aucune dangerosité à condition, bien sûr, qu'ils soient
pratiqués par des ostéopathes parfaitement formés, tels
ceux qui sont agréés par la Chambre nationale des ostéopathes
et qui en respectent la charte de qualité de soins.
Par contre, les manipulations vertébrales sont très dangereuses.
De nombreux accidents ont été recensés par les assurances.
C'est pourquoi je mets en garde les patients contre les manipulations vertébrales,
qui sont exclusivement pratiquées par les vertébrothérapeutes
et qui, pour certains, revendiquent le titre d'ostéopathe sans en avoir
la formation.
Il faut rappeler que la profession d'ostéopathe est implantée
en France depuis plus de trente ans. Ses pionniers ont formé des élèves
compétents sur tout le territoire national. N'oublions pas que plus de
15 millions de Français ont été traités efficacement
par de vrais ostéopathes. Si l'Etat français a reconnu notre profession,
c'est grâce à la compétence des professionnels que nous
défendons au travers de notre Chambre professionnelle (Art. 75 de la
loi 2002-303 du 4 mars 2002). Notre profession a droit de cité dans notre
pays comme dans le monde entier.
Le problème le plus grave est que, depuis cette loi, nous voyons fleurir
des plaques de « faux ostéopathes », issus ou non du corps
médical, qui usurpent notre titre sans avoir les compétences requises.
C’est là que se situe le vrai problème de santé publique
que la réglementation va définitivement résoudre.
Heureusement, la majorité du corps médical français met
en avant, comme nous, l'intérêt des malades et de la santé
publique et nous travaillons main dans la main, en toute confiance et confraternité.
P.A. : Quels résultats peut-on attendre de l'ostéopathie
?
Guy Roulier : Les résultats sont d’autant meilleurs que
le problème relève du champ d’action de l’ostéopathie.
Ils seront aussi fonction de la gravité et de l’ancienneté
du problème.
Plus on avance en âge, plus le corps récupère lentement,
plus il se fragilise.
Chez les sujets jeunes, les résultats sont plus rapides, mais il n’y
a pas de règles absolues. Chaque cas est particulier et chaque traitement
sera personnalisé. La règle primordiale est de ne pas aller voir
son ostéopathe après l’échec d’autres traitements.
Attendre sans traiter la cause expose à une aggravation souvent irréversible,
notamment au niveau de la dégénérescence articulaire. Ceci
justifie d’ailleurs la nécessité de surveillance périodique
des seniors afin de prévenir ou de minimiser les détériorations
physiques et de raccourcir, dans la mesure du possible, la période de
dépendance de fin de vie (douze ans en moyenne !).
Fernand-Paul Berthenet : L'ostéopathie est une médecine
curative et surtout préventive, c'est pourquoi l'entretien est nécessaire
quel que soit l'âge du patient.
P.A. : Y a-t-il des différences selon les praticiens ?
Guy Roulier : La pratique de l’ostéopathie est
un art et non une science, même si elle s’appuie sur des sciences.
Chaque praticien, malgré une formation initiale identique à ses
confrères, aura sa personnalité, ses préférences
et son habileté. Il y a donc forcément des différences
d’un praticien à l’autre, mais, à compétences
égales, la rigueur du bilan ostéopathique et du traitement donnera
un résultat équivalent.
Fernand-Paul Berthenet : Je suis tout à fait d'accord
avec mon confrère. Cependant, je voudrais attirer l'attention des lecteurs
sur les pratiques folkloriques de prétendus ostéopathes qui méconnaissent
l'UNITE du corps et qui pratiquent des techniques symptomatiques, c'est-à-dire
qu'ils traitent seulement certains segments du corps, généralement
les zones douloureuses par des « spécialités dites crâniennes,
viscérales ou autres appellations ésotériques, énergéticiennes
», sans en rechercher la cause initiale qui est parfois très éloignée
de la partie traitée.
Il n'y a pas de spécialité en ostéopathie: un ostéopathe
compétent connaît toutes les techniques mises à sa disposition
lors de son cursus et les intègre judicieusement en fonction de leur
utilité pour le traitement, dans le plus profond respect de son patient.
P.A. : Quelles sont les maladies les plus courantes traitées
par l'ostéopathie ?
Fernand-Paul Berthenet : Le champ d'action de l'ostéopathie
est immense et peut couvrir toutes les pathologies, soit de prime abord, soit
secondairement après les traitements médicaux ou chirurgicaux.
Classiquement, les pathologies fonctionnelles sont celles où nous pouvons
agir en priorité, par exemple : toutes les entorses articulaires qu'elles
soient situées au niveau des membres ou de la colonne vertébrale,
les dysfonctionnements viscéraux sans atteinte organique, l’accompagnement
des femmes enceintes et des nourrissons, etc.
Quant aux traitements post-chirurgicaux ou médicaux, deux exemples parmi
tant d'autres peuvent les illustrer :
Exemple 1 : une opération sur un membre inférieur (quelle que
soit la pathologie primaire) provoque obligatoirement une gêne à
la marche et un déséquilibre du bassin et de la colonne vertébrale
avec toutes les implications à distance connues de tous. En agissant
sur les déséquilibres, on évite les complications et on
accélère la récupération.
Exemple 2 : une opération cardiaque à thorax ouvert provoque une
hypomobilité de la cage thoracique et des raideurs vertébrales.
De nombreux chirurgiens cardiaques nous adressent ces opérés afin
de leur rendre leur mobilité originelle.
Guy Roulier : Il ne faut surtout pas oublier de parler des
suites d’accidents, que ce soit de la circulation, du sport ou autre.
Le corps a la mémoire physique de tous les traumatismes, et ceci depuis
notre naissance. L’ostéopathie, utilisée immédiatement,
permet souvent d’éviter une aggravation et un passage à
la chronicité (je pense surtout aux déformations de naissance,
aux accidents type « coup du lapin » ou encore les chutes sur le
bassin).
Par ailleurs, il me semble que le bilan ostéopathique devrait rapidement
entrer dans le champ de remboursement de la plupart des assurances santé.
Pratiqué une fois par an, il permettrait de prévenir une grande
quantité de problèmes liés notamment au stress au travail
et au vieillissement.
P.A. : Quelles sont les voies d'avenir pour les ostéopathes ?
Guy Roulier : Je souhaite que l’ostéopathe soit
rapidement intégré et reconnu en tant que partie prenante au sein
des équipes de profession de santé et que le patient puisse consulter
l'ostéopathe directement ou sur les conseils de son médecin traitant.
Pour le patient, ce sera une amélioration des soins et, pour l'assurance
maladie, une source d'économie substantielle (évitant des soins
parfois inutiles et coûteux).
Fernand-Paul Berthenet : Sur le plan individuel, de nombreux ostéopathes
ont déjà intégré l'équipe médicale.
Il serait souhaitable que cette intégration s'élargisse à
tous. Notre art est une médecine convergente avec les autres médecines
: le point de convergence étant la santé des patients.
Comme je l'ai déjà précédemment exprimé,
la majorité du corps médical l'a bien compris car nous sommes
déjà nombreux à participer à l’équipe
soignante.
P.A. : Et la prise en charge dans tout cela ? N'y a-t-il pas discrimination
du fait du non-remboursement par la Sécurité sociale ?
Guy Roulier : L’ostéopathie est une démarche
qui considère l’individu comme le meilleur gestionnaire de sa santé.
L’alimentation, le mode de vie, le respect des principes d’hygiène
physique et mentale constituent les bases de la santé. Le recours à
l’ostéopathie s’inscrit dans cette démarche de santé
responsable. L’ostéopathe est un conseiller de santé en
même temps qu’un biomécanicien. Il détecte et prévient
les problèmes ou les répare lorsque cela est possible et apprend
à ses patients les bonnes règles de santé à appliquer
pour son cas précis. A mon sens, il complète le rôle du
médecin généraliste et travaille en synergie avec l’ensemble
des professions de santé quand cela est nécessaire dans l’intérêt
de son patient.
P.A. : Certaines mutuelles et assurances complémentaires prennent en
charge les soins des ostéopathes ? Lesquelles ? Quels sont les recours
en cas d'accident de la circulation du à un tiers ?
Guy Roulier : Il y a plus de vingt-cinq ans que des mutuelles avant-gardistes
remboursent l’ostéopathie, notamment en Ile-de-France. Le remboursement
varie de 10 euros à 50 euros la consultation selon les contrats. La Chambre
nationale vient de signer un accord de partenariat avec un important groupe
d’assurance santé comptant 2,5 millions de bénéficiaires.
Chaque ayant droit aura droit à un forfait de remboursement de 150 euros
par an. De bon augure pour le développement d’une véritable
politique de santé préventive où les assurances privées
et les mutuelles assureront le rôle que la Sécurité sociale
n’a pas pu ou su remplir.
Un exemple que je signale, depuis maintenant plus de vingt ans, est la prise
en charge systématique par un ostéopathe des personnes traumatisées
physiques suite à des accidents de la circulation. L’assurance
accident doit payer ces soins essentiels qui permettent d’éviter
dans bien des cas les lourdes séquelles vertébrales ou articulaires
des accidents de toute sorte.
P.A. : Quel est le rôle et l’avenir de la Chambre du
métier d’ostéopathe ?
Guy Roulier : Le rôle de la Chambre, créée
en janvier 2004, est d’organiser la profession d’ostéopathe,
en dehors de tout conflit d’intérêt, dans le seul but d’améliorer
la qualité des soins et de participer à un meilleur fonctionnement
de notre système de santé. Notre charte de qualité des
soins est garante de la moralité et de la qualification de nos adhérents.
Nous travaillons en collaboration étroite avec les services ministériels
concernés pour harmoniser notre profession tant sur le plan administratif,
juridique que de l’enseignement.
Fernand-Paul Berthenet : La Chambre a aussi pour rôle la défense,
le conseil, l’accompagnement de ses adhérents à l’installation
et, juridiquement, elle a le droit d'ester en justice.
Dans un très proche avenir, je la vois rassembler la majorité
des ostéopathes de France qui trouvent déjà dans cette
structure l’ensemble des prestations et garanties nécessaires à
leur sécurité et à leur sérénité,
optimisant la qualité de leurs soins.
Lire les articles du site de la Chambre nationale (rubrique Usagers) : <http://www.cnosteo.com>
Pratique Vous voulez faire effectuer un bilan ostéopathique et postural ? Vous cherchez un ostéopathe qualifié respectant la charte de qualité des soins ostéopathiques ? Vous voulez savoir si votre assurance ou votre mutuelle rembourse l’ostéopathie ? Contacter la Chambre nationale des ostéopathes : Tél. : 04 75 25 53 93. Courriel : <cnosteo@cnosteo.com> (questions, adresses…). Site : <http://www.cnosteo.com> |